Un jour, on m’a fait comprendre que je ne pouvais plus travailler en milieu ordinaire - Jean-Marc, 58 ans

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Dans cette série de trois articles, les Lettres d'Alice vous font partager les témoignages recueillis lors du reportage en Esat (Établissement et service d'aide par le travail) publié en mai. Des récits de vie éclairants sur la réalité plurielle du handicap psychique. 
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“Je suis orphelin, et j’ai toujours mené ma barque. À 30 ans, je suis tombé en dépression. Je me suis retrouvé dans les centres sociaux sans crier gare. J’ai été embarqué dans un long processus, hospitalisé… Un jour, on m’a fait comprendre que je ne pouvais plus travailler en milieu ordinaire.
Pour moi l’Esat, quand on a envie de ne pas se sentir inutile, c’est là où il faut être. Dès que je me suis senti capable de faire une lettre de motivation, un CV, je l’ai fait. Ça fera 10 ans en septembre 2021. Ça m'a structuré. Quand on revient à soi, on est un peu perdu, on se sent inutile. Je pense qu’on passe tous par là. Les membres du personnel de l’Esat ont tous été très bienveillants. Aujourd’hui, mon état s’est stabilisé, mais je sais que ça serait plus compliqué ailleurs. Revenir au milieu ordinaire en arrivant de la psychiatrie, ça ne peut pas fonctionner pour moi, car on a des hauts et des bas.

“Les finances sont un vrai problème dans le milieu de la psychiatrie”

Est-ce que travailler en Esat permet de mieux s’intégrer ? Oui et non. On gagne entre 600 et 700€ par mois, avec un complément de la CAF qui varie selon les personnes. Déjà avec ce qu’on gagne on ne peut pas aller au resto du coin. Les finances sont un vrai problème dans le milieu de la psychiatrie. J’ai des interactions avec le milieu de ma copine, avec sa famille, mais ça n’est pas toujours facile d’élargir ses horizons. Elle-même est parfois un peu mise de  côté par sa famille. Ça n’est peut-être pas volontaire. Ma copine travaillait ici, aussi. Traverser des choses similaires, c’est important. Je ne pourrais pas être avec une fille qui travaille dans le milieu ordinaire. J’ai 58 ans, et avant d’arriver ici, j’ai travaillé, j’ai vécu en  Angleterre, j’ai fait 1001 choses. J’ai bien bourlingué, alors je n’ai pas de regrets.

Chaque semaine, pendant la demi-journée d’activité libre, je vais prier à l’église. Ça me vide la tête de la semaine. J’étais dans la religion quand j’étais gamin et j’ai oublié le bon Dieu pendant un bon bout de temps. J’y suis revenu quand j’ai eu des problèmes. Quand tout va pour le mieux, on passe devant les églises sans les voir. C’est le curé de ma paroisse qui m’a dit ça un jour."

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